Dans le détail, les précipitations furent très supérieures aux normes basées sur les années 1960-1990 (localement plus du double !) au nord d'une ligne Lausanne - St-Gall; cet excédent fut moins remarquable le long du versant nord des Alpes, dans les Alpes Bernoises et en Valais. Dans les Grisons, les précipitations atteignirent des valeurs normales alors que le sud des Alpes fut encore une fois nettement trop sec.
Même en regard des mesures effectuées depuis 1864, ce printemps s'avère exceptionnellement humide. Pour bon nombre de stations du nord des Alpes, la moitié des précipitations annuelles tombèrent entre mars et juin; pour certaines d'entre elles (comme Berne et Zurich), ce printemps n'est pas loin d'être le plus humide depuis 1864.

l'automne et l'hiver précédents furent nettement trop secs, abaissant le niveau des lacs et des nappes phréatique de façon alarmante. De ce fait, l'excédent de précipitations du printemps fut "utilisé" essentiellement pour combler ce déficit.

La plupart des événements pluvieux furent liés à des advection d'air froid, avec une limite des chutes de neige à basse altitude, parfois même jusqu'en plaine. Une bonne partie de l'écoulement des précipitations ne se produisit donc pas directement, mais fut retardé jusqu'à la fonte des neiges.

Bien que certains événements pluvieux aient conduit à des dégâts locaux en raison de l'intensité des précipitations, cette intensité resta bien en deça d'événements précédents de sinistre mémoire, comme ceux d'août 05 par exemple. En réalité, c'est bien plutôt le grand nombre d'événements successifs plutôt que l'intensité de ces derniers qui fut à l'origine de l'excédent de précipitations.
Au niveau des températures, elles furent légèrement inférieures aux normes en mars, mais de 0.5 à 1-5 excédentaires en avril et mai. Le cas du mois de mai est détaillé plus loin.
Quand au bilan de l'ensoleillement, il fut négatif en mars et en mai, mais normal en avril.
Quelques faits marquants de ce printemps hors normes
La présence pendant plus de 24 heures - sur le Plateau suisse - d'une limite stationnaire entre deux masses d'air très contrastées conduisit les 4 et 5 mars à d'abondantes chutes de neige au nord d'une ligne Neuchâtel - St-Gall. Dans ces régions, il tomba en l'espace de 24 heures de 50 à 60 cm de neige fraîche. Pour certaines stations du Plateau (Zurich, St-Gall, Bâle), il s'agit des valeurs record depuis le début des mesures en 1931; du point de vue de l'intensité, les 42 cm tombé en 12 heures le 9 février 99 sont toutefois plus marquants encore. Enfin, la plus grande quantité de neige mesurée à ce jour demeure 58 cm, mesuré le 11 mars 1931 à Zurich (neige tombée en plus de 24 heures).
Dans les Alpes, les quantités mesurées furent similaires, mais la limite des chutes de neige se situa vers 1500 m durant la plus grande partie de l'épisode. Sur le Plateau romand et durant la même période, le temps fut déterminé pas un afflux d'air chaud et humide en provenance du sud-ouest, matérialisé par un vent fort à tempétueux.
La configuration synoptique des 9 et 10 avril fut très semblable à celle des 4 et 5 mars, avec une limite frontale stationnaire au nord des Alpes. A cette occasion toutefois, l'advection d'air froid sur le Plateau fut plus tardive, et les précipitations - durables et abondantes - se produisirent principalement sous forme de pluie, même si en fin d'événement la limite des chutes de neige s'abaissa quasiment jusqu'en plaine.
Les précipitations mesurées s'élevèrent à 70 - 90 mm sur le Plateau en 48 heures, 107 mm à Berne (ces valeurs sont supérieures à la norme pour un mois d?avril).
Durant la deuxième moitié d'avril, les températures ont par moment dépassé les 20 degrés. Des orages parfois violents se produisirent les 22, 24 et 26 avril au nord des Alpes, avec de fortes rafales et de la grêle.
Les orages sont lié à l'instabilité de l'atmosphère, laquelle commence à être significative à partir d'avril, lorsque le réchauffement de la surface terrestre rend l'air des basses couches nettement plus chaud que l'air d'altitude ; en principe, cela se traduit davantage par des giboulées que par des orages, l'advection d'air chaud et humide en provenance de Méditerranée - combustible nécessaire au orages violents - faisant souvent défaut. Cela arrive pourtant parfois, la preuve...
Le nombre de jour de pluie, en mai, fut compris entre 15 et 22 au nord des Alpes, 10 et 15 en Valais et au sud (pour une norme de 11 jours sur le Plateau, 7 en Valais). C'est dire qu'il plut plus de 1 jour sur deux, et qu'au total, les précipitations atteignirent 110 à 180 % de la norme au nord des Alpes et en Valais. Malgré cela, la température fut elle aussi supérieure aux normes de 0.5 à 1.5 degré, malgré un ensoleillement généralement déficitaire. Deux raisons à cela :

le mois de mai est généralement un mois de transition vers l'été, avec encore de fréquentes incursions froides en provenance du nord. Cette année, les courants généraux amenèrent vers la Suisse essentiellement de l'air tempéré et humide en provenance de l'Atlantique et de la Méditerranée. Mis à part une brève incursion froide les 9 et 10 mai, l'afflux d'air polaire fit pratiquement défaut.

l'air tempéré et humide quasi permanent donna un temps très nuageux sur l'ensemble du nord des Alpes ainsi qu'en Valais. Cette couverture nuageuse importante empêcha de façon déterminante un abaissement marqué des températures nocturnes, lesquelles furent supérieures aux normes de 1 à 2 degrés.
Il n'en demeure pas moins que pour la plupart d'entre nous, ce mois de mai fut ressenti comme humide et frais, en totale contradiction avec les valeurs mesurées. Il y a de nombreuses raisons à cela :
D'une part, il existe une différence essentielle entre la température effective et la température ressentie, qui est pour nous humains, mais aussi pour les plantes et les animaux, la température qui fait foi. Ainsi un fort vent fait ressentir la température nettement plus froide qu'elle n'est en réalité. Nous trouvons également un temps humide et couvert nettement plus désagréable qu'une même température par temps sec et calme. Nous sommes également soumis chaque jour au rayonnement; la présence du soleil brillant dans le ciel nous laisse une impression de chaleur bien plus importante que celle amenée par la simple présence de l'air.
D'autre part, l'effet de chaleur positif de la nuit, lié à la nébulosité, est bien moins considéré par les humains - actifs de jour - que le manque de rayonnement chauffant de la journée. De ce point de vue, on peut donc donner raison aussi bien aux mesures objectives qu'aux sensations humaines qui ont trouvé le mois de mai frais et désagréable. Si l'on avait des données de la température ressentie prenant en compte l'effet chauffant du rayonnement solaire, ainsi qu'une pondération plus importante de la journée par rapport à la nuit, le mois de mai 2006 aurait un bilan de chaleur ressentie bien en dessous des normes.


