Après un dimanche 20 avril printanier et chaud grâce à l’influence du foehn, la situation météorologique a changé de manière radicale en début de semaine. Le foehn prit fin lundi matin, laissant la place à une perturbation active en provenance de France et apportant les premières précipitations. La situation s’est aggravée dans la nuit de lundi à mardi avec la formation d’une dépression sur le sud de l’Allemagne. Cette dépression est restée stationnaire de nombreuses heures.
Figure 1: vent et pression au sol, image satellitaire et radar le mardi 22 avril 2008 à 00 UTC.
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Durant la nuit de lundi à mardi ainsi que mardi matin des précipitations intenses et continues arrosèrent toute la Suisse alémanique. En cours de journée, la dépression commença à se décaler vers le sud-est sans pour autant interrompre l’afflux d’air humide en direction des Alpes. La figure 2 montre le radiosondage de Stuttgart. On y distingue une masse d’air saturée du sol à plus de 6000 mètres d’altitude ainsi qu’un courant du nord-est qui rabattait les précipitations sur la Suisse alémanique.
Figure 2: radiosondage de Stuttgart du mardi 22 avril 2008 à 00 UTC (rouge: température, rose: point de rosée, bleu ciel: force et direction du vent)
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L'évolution des vents avec l’altitude laisse apparaître un aspect intéressant sur le dynamisme de la situation météorologique de ce jour-là. Les figures 3 et 4 représentent la force et la direction du vent aux différentes altitudes. Le radiosondage de Munich de 00UTC montre un cisaillement des vents dans le sens des aiguilles d’une montre entre 1500 mètres (850 hPa) et plus de 5500 mètres (500 hPa). Ce processus physique est la marque d’une arrivée d’air plus chaud. Ce phénomène se retrouve aussi à Payerne dans une moindre mesure et seulement entre 3000 mètres (700 hPa) et 5500 mètres (500 hPa). En dessous de 3000 mètres par contre, les vents soufflent du secteur ouest apportant de l’air plus frais. Ce conflit entre l’air frais des basses couches et l’air chaud et humide en altitude s’est maintenu sur la Suisse alémanique une grande partie de la journée provoquant des précipitations intenses et stationnaires. Les météorologues nomment ce genre de conflit de masse d'air, «situation de vents contraires».
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Figure 3: force et direction du vent à 1500 (bleu), 3000 (jaune) et 5500 mètres (rouge) à 00 UTC agrandir.png, 752 KB |
Figure 4: force et direction du vent à 1500 (bleu), 3000 (jaune) et 5500 mètres (rouge) à 12 UTC agrandir.png, 744 KB |
D’autres facteurs ont aussi contribué à l’abondance des précipitations. D’une part, la perturbation a amené de l’air relativement doux pour la saison avec un important potentiel d’humidité. D’autre part la rencontre des masses d’air a provoqué un soulèvement généralisé de l’air chaud au-dessus de l’air frais provoquant localement des phénomènes de convection et ainsi des précipitations de forte intensité.
Bilan final
Des cumuls de précipitations de l’ordre de 40 à 80 litres par mètre carré ont été mesurés en Suisse alémanique entre lundi et mercredi matin, principalement le long des Alpes centrales et orientales. La limite des chutes de neige avoisinait les 1200 à 1700 mètres. On a mesuré plus de 50 cm de nouvelle neige au Grimsel ainsi qu’au Titlis. Durant toute cette période la Suisse romande est restée en marge de ces intempéries. Plus de 30 mm ont tout de même été mesurés à certains endroits, à Lausanne et à La Chaux-de-Fonds notamment. Par contre en direction du sud-ouest les précipitations sont restées faibles avec seulement 10 mm à Genève ou encore 4 mm à Sion.
Figure 6: cumul de précipitations sur 24h, entre lundi et mardi soir, estimé par les radars de MétéoSuisse.
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La répartition spatiale des précipitations est encore plus précise grâce à l’estimation des radars de MétéoSuisse. La figure 6 montre les cumuls de pluies sur 24 heures entre lundi et mardi soir. Ils correspondent bien avec les valeurs mesurées aux stations. Par contre on s’aperçoit que certains endroits dépourvus de stations de mesure ont reçu entre 30 et 70 mm de pluies sur 24 heures, voire ponctuellement jusqu’à 100 mm, notamment dans l’Oberland zurichois.
Figure 7: évolution des pluies entre lundi et mardi midi près d'Aarau, de Zurich et de Saint-Gall.
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Comme le montre la figure 7, les précipitations les plus intenses se sont abattues sur Saint-Gall dans la nuit de lundi à mardi, cette zone n’atteignant la région d’Aarau que mardi vers la mi-journée.
Les masses d’eau considérables ainsi apportées n’ont pas pu s’évacuer facilement. De nombreux cours d’eau sont ainsi sortis de leur lit conduisant à des inondations, localement à des glissements de terrain. La figure 8 montre le débit observé de la Murg près de Frauenfeld. D’après les informations données par l’Office Fédéral de l’Environnement (OFEV), une telle crue ne s'observe qu'une fois chaque deux ans. Pour certains cours d'eau, cette période de retour se monte même à cinq ans.
Figure 8: débit et niveau de la Murg près de Frauenfeld (Source: OFEV)
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